Au Grand Maître

Publié le par Carole

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  A Nantes, la pierre a des visages, des centaines de visages. Telle maison arbore des têtes de dieux marins, telle autre affiche des visages d'esclaves, ici on reconnaît des enfants, là des vieillards, des jeunes filles et même quelques monstres innommables mais fort joyeux.

Visages ailés, visages figés, visages alourdis sous le poids des balcons qu'ils supportent, visages heureux, visages qui pleurent, visages qui rient, visages grimaçants, visages souffrants, visages menaçants, visages de méduse, visages de démons, visages d'anges et visages de monstres, visages qui s'envolent, visages vissés en mascarons au-dessus des fenêtres... tous sont différents, comme si les sculpteurs s'étaient ingéniés à inventer chaque fois des personnalités nouvelles, et à représenter au long des rues toute l'humanité avec ses vices, ses rêves et ses dieux. Je ne connais aucune autre ville qui présente ainsi au regard des passants tant de visages taillés dans la pierre, et si vivants.

  Parmi tout ce peuple de visages, se remarque, allée Brancas, un visage de fer noir dont on ne voit que le profil de lame - un visage sans face : celui d'un vieil ange de l'Apocalypse qui grimpe pieds nus on ne sait quelle pente terrible, luttant contre le vent de l'au-delà, alourdi par ses ailes. Ses longs cheveux se déploient comme des bouquets de serpents, il tient sa faux à bout de bras, et, son sablier serré au creux de la main gauche, il s'en va à l'assaut.

   AU GRAND MAÎTRE, peut-on lire si l'on se tient à son flanc droit, tournant le dos, notez-le bien, à l'ancien cours du fleuve - regardant vers la source et non vers l'estuaire.

  C'est une vieille enseigne. Personne ne semble plus savoir qui l'a accrochée là, de quelle boutique étrange de l'ancien quai elle faisait la réclame. Du reste, peu la remarquent et peu s'en préoccupent.

        L'essentiel est que le profil de fer soit là, secrètement accordé aux autres visages, à ceux qu'on voit de face.

Au grand maître

Publié dans Nantes

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clovis simard 05/11/2012 13:24

voir mon blog(fermaton.over-blog.com)

Carole 09/11/2012 19:27



Oui, je l'ai déjà vu, mais mon blog n'est pas du tout dirigé vers l'ésotérisme.



Philippe 29/07/2012 19:59

Excellente question ! Pourquoi le commerçant de l'époque a-t-il choisi cette enseigne un poil morbide et si peu vendeuse ? Mystère et boule de gomme :)Il pourrait s'agir tout simplement d'une
lubie, le commerçant aurait eu un sens de l'humour tout à fait partagé par ses contemporains mais qui nous dépasse un peu aujourd'hui. Et si l'objectif était de faire parler ? Dans ce cas, c'est
réussi et même en 2012 !!
Peut-être quelques férus d'histoire locale se sont-ils penchés sur la question ?
Bonne continuation.

Carole 29/07/2012 20:15



Je me suis dit que peut-être le commerçant s'appelait "Maître". Mais ensuite ? "Faire parler" : je retiens cette explication. Peut-être aussi avait-il un vrai sens poétique baroque, car c'est
splendide, et d'un effet très frappant dans une rue animée. Cette enseigne me plaît beaucoup, quoi qu'il en soit.


Merci pour toutes vos interventions.



Philippe Chesné 29/07/2012 13:19

Bonjour Carole,

Au grand Maitre était un magasin de quincaillerie, chaudronnerie, ferblanterie...et d'appareils de chauffage au début du 20ème siècle.
Bien cordialement
Philippe

Carole 29/07/2012 13:49



Merci beaucoup pour ce renseignement ! C'est vraiment gentil à vous de compléter ainsi mes petites recherches. Mais pourquoi "Au grand maître" s'il s'agissait seulement de quincaillerie et de
ferblanterie ? L'enseigne représente vraiment la mort... Elle est remarquable du reste, et je l'ai plusieurs fois photographiée même si je n'ai mis que cette photo sur mon blog.