Attente

Publié le par Carole

attente 1
 
La nuit allongeait dans les rues son grand corps de velours. La pluie sur le trottoir sanglotait en ivrogne. Je me hâtais de fuir.
Et voilà que ce mot est venu à ma rencontre. Attente. Un mot rêveur et lent, qui flottait devant moi, fantôme à la fenêtre. Attente. Toujours ce mot m'avait accompagnée, et maintenant il était là, vert et ténu comme l'espoir, m'appelant doucement sous la lampe du soir.
Puis quelqu'un a éteint la lampe. La nuit la pluie mes pas en fuite. Je n'en saurais pas davantage.
C'était comme un tableau d'Edouard Hopper, ai-je pensé ensuite. Quand on reste derrière la vitre, arrrêté sur le seuil, que rien n'a commencé, qu'on ne sait pas encore, que déjà tout se fige. Attente.

 

Publié dans Fables

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M
Très beau texte et l'allusion à Hooper est particulièrement bien choisie!
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R
Mais bien évidemment, Carole : en attendant Godot !
Beckett avait mille fois raison sur ce point-là : tous nous attendons, peu ou prou, un quelconque Godot !!

En fait, non, je m'exprime mal, pas tous : attendent un Godot en réalité ceux qui n'ont malheureusement pas la force, ou l'opportunité ou je ne sais trop quoi, d'ailleurs, de le trouver en eux.

Mais ceci constitue un débat crucial que l'espace que nous laissent nos blogs se révèle bien insuffisant pour entamer.

Que ne suis-je Nantais ! Il eût alors été certain que je vous inviterais à un tête à tête philosophique autour d'un grand Bourgogne ... tellement j'ai été enthousiasmé par votre réponse à mon
commentaire.

Quel plaisir intellectuel qu'un blog tenu par une personne telle que vous, Carole.
Mais quelle frustration que l'exiguïté de nos espaces de discussion virtuelle imposés par Internet ...
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C


Mais l'amorce d'un débat, c'est déjà beaucoup, et c'est fréquent grâce à internet. Merci pour cet enthousiasme : si je passe par Bruxelles... si vous passez par Nantes...



C
Il y en a beaucoup de sales d'attente.
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J
Voilà un mot que l'on exècre quand on est jeune. Plus les années passent et moins ce mot me dérange. On attend toujours et tous quelque chose, cela fait partie de la vie. Bonne soirée. Amitiés.
Joëlle
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A
Tout se fige ou alors se met en suspens ? Hésitation liée à la pesanteur de ce qui monte et s'accorde un instant d'éternité avant que de se décider à redescendre.
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N
Superbe, et commentaire lumineux de l'oeuvre absente de Hopper.
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C
"... Car j'ai vécu de vous attendre
Et mon coeur n'était que vos pas."
Une belle rêverie sur ce mot que j'aime aussi beaucoup.
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R
Ne sommes-nous pas tous, à un moment ou à un autre en attente de quelque chose ?

Et le pire n'est-il pas d'ignorer à quoi correspond ce quelque chose ? D'ignorer en fait ce que nous attendons ?
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C


En attendant... Godot, peut-être ?



A
C'est exactement ce que l'on ressent devant un tableau de Hopper, avec cette note d'angoisse et d'incertitude car
l'image figée et l'attente, le temps suspendu...nous en avons perdu l'habitude.
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J
Ah oui comme dans un Hopper... merci Carole !
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