A nos vies perdues

Publié le par Carole

a-nos-vies-perdues.jpg
 
Vie perdue, la vie du jeune musicien "rrom" qui, s'il n'était pas né Rrom, serait peut-être ingénieur à Sydney, ou percussionniste à Boston ?
Vie perdue, la vie de ces passants qui s'en vont à grands pas vers ce qu'ils croient être leur travail, leurs courses, leurs rendez-vous, et qui n'est que la toile grisâtre où l'araignée du temps a capturé leurs jours ?
Vie perdue, la vie des mendiants ivres qui barbouillent la nuit sur les murs de la ville des mots bleus de mélancolie ?
Vies perdues toutes les vies peut-être, qui passent et qui s'égarent au grand trottoir des heures.
 
Mais si rien n'a de prix que ce qui doit se perdre,
et si ne se retrouve que celui qui s'égare,
 
à nos vies perdues,
à toutes nos vies 
précieuses précaires,
et perdues,
je veux dédier moi aussi,
cette image
un peu floue
d'un instant
disparu,
ce cliché
retrouvé
d'un moment 
égaré et perdu,
précieux et précaire,
de nos vies
éperdues.

 

Publié dans Fables

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M
Le musicien se tient pile au bon endroit. Cependant on ne connait pas son devenir. Quant au présent il est vrai qu'il vaut mieux être à l'abri du besoin.
Cette impression suggérée par l'image de cet homme croisé t'a inspiré un beau poème
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C


J'espère qu'il pourra sortir de la mendicité. Il a la jeunesse pour lui, et aussi son goût de la musique.



M
Je pense à la parabole des talents, qu'as tu fait de ton talent ? difficile souvent d'en tirer profit, selon qu'on soit né ici ou ailleurs !...
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C


Une belle interprétation de la scène. Merci, Marie.



V
Félicitations à ta fille ; j'ai fait un peu de violoncelle, c'est un instrument merveilleux !
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V
Un poème (l'ensemble, pas seulement la fin) d'une grande profondeur ; une interrogation douloureuse à laquelle correspond à merveille ce superbe largo qu'un quatuor que je ne connais pas.
Ah ! Chostakovitch ! Bien sûr ! Il a écrit des choses qui me paraissaient un peu casse-pieds, mais d'autres si belles il est vrai - comme sa première symphonie, et ce quatuor apparemment. Mais
tristes aussi.
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C


C'est le quatuor que ma fille travaille actuellement pour la partie de violoncelle.



A
Qui sait, si, parmi tous les personnages de ta photo, c'est la vie du jeune rrom qui est perdue?
N'est ce pas lui justement qui s'intéresse à l'essentiel?
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C


Oui, c'est pourquoi j'avais mis ces points d'interrogation : et puis, y a-t-il des vies perdues ? même si le temps les disperse, elles sont toutes nécessaires, je crois.



A
Dans la photo et dans ton texte, il y a quelque chose d'assez désespéré en harmonie avec cette fin juin aux allures automnales...Energie du désespoir.
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G
On ne peut pas dire qu'il a choisi la facilité avec ce genre d.instrument dans la rue
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C
La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie !
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C


Et tout est dit !



Z
tu es juste magnifique ( tu remarqueras que j'ai pas écrit texte, car c'est tout l'ensemble qui est beau
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C


Merci, Zadddie, tes commentaires font chaud au coeur !



M
Nos vies imbriquées dans un quotidien pesant et banal, comme c'est bien vu Carole!
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J
"rien ne se perd rien ne se crée tout ce transforme" ?
et la vie dans tout ça?
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D
bon, ça y est.. tu m'as encore plongé en pleine réflexion.. la vie d'un ingénieur à Sydney est-elle forcément moins perdue que celle d'un musicien rom? Pas certain.
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P
Société à 2 vitesses, fracture sociale, constraste entre précarité des plus pauvres et (sur)abondance des plus riches, montée de l'indifférence ... Tout cela est dans cette image. Merci du coup
d'oeil !
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C


Merci, à bientôt !



E
voila qui remonte le moral pour affronter une centième journée de pluie !!!

Notre ami Souchon l’a joliment chanté :

“La nuit je dors debout dans un R.E.R.
Dans mon téléphone tu sais j'entends la mer
Y a pas l'soleil dans ma télé blanche et noire
Alors pourquoi pas s'asseoir
Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça.....”

mais ce philosophe désabusé aperçoit parfois un rayon de soleil :

“La vie ne vaut rien, rien, rien, la vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens, tiens,
Là dans mes mains éblouies,
Les deux jolis petits seins de mon amie,
Là je dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie...”

alors en attendant (quoi, au fait ?), un petit remontant ?
http://www.youtube.com/watch?v=wwboahjVz9Q
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C


Ce n'est que la centième journée de pluie chez toi ? 



R
Je pense très sincèrement qu'il n'y a aucune vie perdue !
Il faut de sa vie "faire une oeuvre d'art" !

Michel Foucault ne dit rien d'autre quand il propose, après Nietzsche - et avant Onfray -, une "esthétique de l'existence", en proclamant, ("A propos de la généalogie de l’éthique : aperçu du
travail en cours", n°326, dans "Dits et écrits", II, Quarto Gallimard, p. 1221 de mon édition de 2001) :


« ... la principale oeuvre d’art dont il faut se soucier, la zone majeure où l’on doit appliquer des valeurs esthétiques, c’est soi-même, sa propre vie, son existence. »
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C


Espérons que le musicien Rrom y parviendra.



J
Se poser là pour la pièce en musicien... tu trouves tjs le cliché génial... merci Carole !
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N
Ce joueur de cymbalum, espérons que la musique le nourrit, malgré l'indifférence des passants.
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