A mon idée

Publié le par Carole

A mon idée

Ah, mon idée ! L'Idée - si longtemps attendue, si tendrement nourrie, si longuement guettée, si patiemment hameçonnée...

La voilà qui s'approche, qui mordille si vive, qui frétille si fine.

Je me penche, je m'élance, je tends tous mes filets ! comme elle luit, comme elle brille !

 

La voilà qui se prend, sirène ligotée, tournant et scintillant dans toutes ses écailles... oh, je la tiens déjà, je la veux, la harponne et la croche... c'est fait, elle est à moi ! Ah, mon idée, l'Idée !

 

Mais quel reflet m'a distraite, m'amusant de son rien ?

N'est-ce pas plutôt ce froid, soudain, qui fait trembler ma gaule, cette ombre sur l'eau noire des arbres qui grimacent ?

J'hésite, je procrastine - et elle, oh, mon idée, l'Idée, déjà elle crache l'hameçon, se dégage en riant, se disperse en déesse dans tous les plis de l'eau...

 

Je croyais la tenir, j'étais si sûre de moi, j'étais si sûre d'elle, et voilà qu'elle m'échappe, qu'elle a fui, qu'elle a tout à fait disparu.

Ah, mon idée ! L'Idée - C'était au bond qu'il fallait la saisir ! L'enlacer ligotée. La jeter toute vive dans mon seau à projets. Ne jamais la lâcher, plus jamais, la garder bien serrée dans son eau de lumière.

Au bout de mon hésitation, belle indocile elle a pris son élan, pour s'en aller rêver plus loin, toujours plus loin, vers cet horizon vague où les pensées qui se défilent croient se recoudre au ciel.

 

Je l'ai laissé passer, l'instant qui s'en venait à moi,

je l'ai laissée me laisser, l'Idée qui était mienne et qui sera néant.

 

Ah, mon idée ! l'Idée ! Enfuie, perdue, paillette d'or fondue dans le flot des possibles, écume des étoiles qui miroitent là-bas... Et moi qui ne sais plus où la pleurer, moi qui n'ai jamais su où la chercher...  

Ah, mon idée ! l'Idée ! cadavre absent sans visage et sans nom dont je mène le deuil sans savoir qui tu fus...

...je t'ai gravé

cette épitaphe :

 

A MON IDEE

in memoria

reveniat

 

 

 

Publié dans Fables

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Gérard 14/05/2018 23:02

et dire que certains l'ont derrière la tête.

mansfield 12/05/2018 20:40

Et quand elle se met en place par le biais de la création, c'est génial!

Cendrine 11/05/2018 02:06

Une idée serpentine, cabotine, un brin cruelle et si brillante!!!
Je me suis régalée de ton texte et je te dis merci, avec coeur
Belles pensées
Cendrine

JPT 10/05/2018 22:29

Rien de plus fuyant qu'une idée. Surtout quand elle est bonne. RIP

Cardamone 09/05/2018 23:42

Excellent, ce texte fin, profond qui, en plus fait sourire - ah! qu’elle a bien fait de s’enfuir, l’idée, si cette fuite devait donner naissance à un texte si savoureux!

Catheau 09/05/2018 07:51

Remettre une idée à "Un de ces jours c’est aucun de ces jours" dit un proverbe anglais. Je crois que ce n'est nullement votre cas, Carole, vous qui illustrez si bien au quotidien les idées qui naissent en vous.

eMmA MessanA 08/05/2018 09:33

Le crochet accrochera bien l'idée...

Richard LEJEUNE 08/05/2018 09:17

SUPERBE !!!

Et ce doigt, ce crochet d'un improbable Capitaine qui nous appelle ... à découvrir votre texte ...

Quelle belle invite à la philosophie poétique ...

Alain 08/05/2018 07:53

Cette idée se calfeutre quelque part en vous. Elle est proche. Elle va revenir si vous laissez votre esprit s’apaiser. Surtout ne pas la chercher. Elle s’apprête à réapparaître sous une apparence différente et vous la garderez si vous savez la reconnaître. N'oubliez pas votre carnet de notes.

almanito 08/05/2018 02:03

Ha elles sont farouches et rebelles, la mienne avait filé dans le maquis...
http://almanito.over-blog.com/2014/10/traces.html