Coeur volé

Publié le par Carole

On a peine à y croire...  mais c'est dans tous les journaux aujourd'hui... Volé ! on nous l'a volé, le reliquaire de la reine Anne !
 
Coeur-reliquaire d'Anne de Bretagne - Musée Dobrée, Nantes - Photo Presse-Océan

 

Son coeur n'y était plus, le nôtre ne battait plus vraiment pour lui.

Pourtant c'était si bon de le savoir bien là, brûlant pour nous dans l'ombre, semblable à ce noyau embrasé du monde sur lequel nous marchons plus légers de le savoir si lourd.
 
Que je vous raconte un peu ce que c'était chez nous que ce coeur...
 
...ça remontait à loin, très loin, au temps où les rois de ce monde, comme les saints de l'autre, dispersaient leurs cadavres, pour s'offrir en tout lieu à l'amour des sujets.
Et c'est ainsi qu'après sa mort, son corps ayant été enseveli à Saint-Denis, le coeur d'Anne de Bretagne, parfumé d'aromates et noué de bandelettes, s'en vint tout seul à Nantes, sa ville ducale, orner l'église des Carmes, enchâssé dans un splendide reliquaire d'or portant couronne à neuf trèfles et neuf lys.
Il y resta longtemps, tranquille, se flétrissant comme un vieux parchemin dans sa reliure dorée.
Quand la révolution survint, qu'elle vida les églises, arracha les rois de leurs châsses, poussa leurs derniers restes aux fossés et aux écuries, le vieux viscère desséché disparut. Nul n'a jamais vraiment su s'il servit, comme la poussière d'Alexandre, de bonde à un tonneau, ou de festin à un chien fou ; s'il devint le foyer d'une horde de vers nomades, ou la mumie d'un peintre friand de pigments rares...
On avait réussi pieusement à sauver la précieuse enveloppe, on l'avait enterrée avec pompe, au grand manoir de monsieur Dobrée, et, ma foi, on n'en demandait pas davantage.
 
Après tant de siècles et de vicissitudes, ce grand coeur au musée, ce n'était plus vraiment son coeur, ce n'était plus vraiment le nôtre.
 
Et puis les jours passaient, les esprits s'échauffaient, on avait autre chose à penser, vous comprenez, des Zad par ci et des Zad partout... D'ailleurs on avait fermé le musée pendant de si longs mois. Qui donc se souvenait encore de lui, si fragile rayon de l'amour d'une reine, se balançant doré dans son palais Dobrée ?
 
Mais aujourd'hui
qu'on nous l'a volé
volé perdu fondu peut-être
 
Nous voilà solitaires
nous voilà orphelins
nous voilà sans chemin
boiteux et trébuchants 
sur nos rues dépavées
 
c'est un peu comme si
s'était dérobé sous nos pieds
ce core ardent du Temps,
qui fait tourner la Terre,
et donne à chaque ville
sa place dans la ronde
des siècles.
 

Publié dans Nantes

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Alain 19/04/2018 12:55

Après sa mort, Anne de Bretagne souhaitait revenir en Bretagne en lui laissant son cœur. Non seulement la révolution s’est permise de disperser ses restes, sacrilège que connurent nombre de têtes couronnées, mais aujourd’hui on s’attaque à l’enveloppe qui gardait précieusement ce cœur énorme qui battit pour deux rois de France.
C’est trop…

Bonheur du Jour 18/04/2018 08:06

Mais comment un objet aussi précieux peut-il être volé ? Il n'était pas protégé ?...

Carole 22/04/2018 14:50

Hum... Attendons d'en savoir plus.

Richard LEJEUNE 17/04/2018 15:56

Les journalistes n'ont aucune plume ... quand encore il leur arrive d'avoir une orthographe.

Et comme toujours, le plus bel hommage rendu à cette pièce fut ici publié ... parce qu'il vient du cœur, le vôtre, parce qu'il s'adresse directement à d'autres cœurs, les nôtres pour évoquer le reliquaire d'un un cœur ayant tant battu, celui d'Anne ...

Carole 17/04/2018 21:40

Et quel beau commentaire vous en faites, comme toujours... Merci, Richard.
Peu de nouvelles aujourd'hui, mais les circonstances du vol, rendues publiques, laissent perplexe : huit heures se sont écoulées avant que la police soit alertée. Les voleurs étaient déjà loin bien sûr.

Dalva 17/04/2018 13:11

Je suis allée voir ce que en racontent les journaux. Je ne me tiens pas assez au courant de l'actualité.
C'est important les symboles et ce ou ces petits voleurs miteux n'étaient intéressés que par la valeur matérielle.

Pastelle 15/04/2018 22:12

J'étais sur la route aujourd'hui, j'ai entendu l'histoire à la radio. J'ai trouvé ça tellement triste, et commencé à ruminer sur cette époque où on ne respecte plus rien. Mais en réfléchissant un peu, il y a eu tellement d'époques où on ne respectait rien... Alors il faut se consoler en se disant que le coeur de ceux qu'on a aimé est partout autour de nous... Et notre amour aussi.

Gérard 15/04/2018 20:03

Des actes faits par des individus qui eux n'ont pas de cœur....ni d'esprit.

Mamilouve 15/04/2018 17:47

Je connais mal la vie d'Anne de Bretagne mais je comprends ce sentiment de dépouillement quand des barbares iconoclastes ou cupides ou les deux à la fois s'en prennent au patrimoine culturel. Ce n'est pas seulement un objet d'orfèvrerie qui disparaît mais aussi un petit pan d'histoire bretonne, d'autant plus précieux qu'il avait abrité le coeur d'une femme exceptionnelle.Triste époque !

Livia 15/04/2018 11:35

J'i lu cela effectivement! mais il n'est pas perdu pour tout le monde ce magnifique coeur en or que j'avais pu admirer quand j'avais visité le musée Dobrée. Mais nous vivons dans un monde plein de goujateries!

Catheau 15/04/2018 09:03

Où s'est enfui le coeur de la"duchesse en sabots" de notre enfance ? Je voudrais croire que c'est un amoureux qui s'en est emparé...

almanito 15/04/2018 08:53

C'est ainsi que l'on vit maintenant, on oublie facilement ce qui nous tient debout depuis toujours au profit de nos petits soucis ponctuels...

Arielle 15/04/2018 08:45

Gravé sur une des faces du reliquaire :

« Ce cueur fut si très hault
Que de la terre aux cieulx
Sa vertu libérale
Accroissoit mieulx et miulx
Mais Dieu en a reprins
Sa portion meilleure
Et ceste part terrestre
En grand dueil nous demeur. »

Le reverrons-nous jamais ?

Loïc Roussain 15/04/2018 08:33

Anne de Bretagne, "mère" adulée de tous les Bretons. Merci pour ce beau texte.
Loïc

Quichottine 15/04/2018 07:52

C'est incroyable... Je voudrais que ce soit un poisson d'avril.
J'ai aimé ta façon de raconter ce lien que nos villes ont avec l'histoire...
Des symboles qui comptent.
Merci pour cette page, Carole. Passe une douce journée.