L'art du temps

Publié le par Carole

Michel Corboz - Folle Journée de Nantes - 3 février 2018

Michel Corboz - Folle Journée de Nantes - 3 février 2018

L'art du temps... c'est ce que j'ai pensé, une fois de plus, ce matin, en songeant qu'elle allait encore se terminer, cette "Folle journée" de musique dont les heures toujours si brèves s'étirent pourtant sur plus d'un jour.
L'art du temps, l'art dont la matière est le temps, voilà ce que c'est, pour moi, que la musique, et ce pour quoi elle me fascine.
 
L'art du temps, la musique - car elle seule sait compter chaque instant, chacune de ces pulsations vibrantes du monde qu'elle appelle des temps, pour leur donner leur place, précieuse et minutieuse, dans l'écrin d'infini que leur fait le silence.
L'art du temps, puisqu'elle n'existe que dans l'instant, et que rien ne saurait la fixer, malgré l'illusion des enregistrements - mais qu'elle ne peut jamais mourir, vivant et revivant en chaque instrumentiste qui recommence, en chaque auditeur qui revient.
L'art du temps, vraiment - car elle seule sait reproduire le temps dans son rythme battant, dans l'élan qui le pulse au cercle toujours rejailli de sa perte incessante.
 
Et voilà pourquoi il est toujours si délicieusement douloureux d'assister à un concert. D'entendre la musique dans l'éphémère suspens où elle nous est donnée, avant de nous être reprise. Comme si on entrait dans la matière même de ce temps qui frappe et souffle et chante dans nos veines sa musique de vie, de mort et d'ici-au-delà.
 
Jamais je ne le comprends mieux que lorsque je vois, chaque année, Michel Corboz diriger encore son ensemble vocal, depuis la chaise où il se tient si vieux, comme un jeune musicien, parmi tant de jeunes musiciens que nous voyons vieillir.
Chaque fois comme si c'était la première fois. Chaque fois comme si c'était la dernière fois. Chaque fois comme si c'était l'unique fois. 
 
 
C'était, tout à l'heure, le Requiem de Mozart. Où résonnent à jamais les dernières notes entendues en son coeur par celui qu'on jeta à la fosse commune.
C'était aujourd'hui.
Et c'était déjà hier.
Demain peut-être.
 
 
 
 

Publié dans Nantes

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Richard LEJEUNE 06/02/2018 14:36

Magnifique texte, Carole ... mais ce ne sont certainement pas vos lecteurs dont je suis heureux de faire partie qui s'en étonneront !

Plus terre à terre, mais certainement prometteur : avez-vous eu l'opportunité de suivre celui qu'a dirigé le chef belge René Jacobs à l'automne dernier à la Philharmonie de Paris ? Ce Requiem, vous ne l'ignorez évidemment pas, fut loin d'être terminé par Mozart. Après Süssmayer, le jeune musicologue français Pierre-Henri Dutron en propose une version en partie complétée. C'est ce Requiem-là qui commence, au niveau du lien que je vous propose ci-dessous, après 1 heure de film ..., tandis qu'après le Haydn ouvrant ce concert, à 42,35 ', vous pourrez écouter des explications très pointues de Jacobs, puis, à 50,22 ', celles de Dutron, à propos de son travail de complétion.

https://www.youtube.com/watch?v=WHteR4iUGjM.

En espérant que cela pourra vous intéresser, ainsi que peut-être certains de vos lecteurs.

Carole 06/02/2018 17:39

Merci pour ce lien qui m'intéresse beaucoup en effet. Il y a si longtemps qu'on se demande ce qu'aurait été le Requiem, si Mozart avait pu l'achever. Mais qu'une oeuvre "dernière" reste inachevée, c'est aussi une forme d'adieu pleine de sens...

Quichottine 06/02/2018 08:50

Superbe !!!!
Et plus que cela encore.
Merci pour cette page et ces moments partagés.
Passe une douce journée.

Dalva 05/02/2018 21:18

Très beau texte pour rendre hommage à un sûrement très grand musicien. Je ne le connais pas mais je suis impressionnée par le personnage.
Et un très bel hommage aussi au requiem de Mozart. Je vibre à chaque fois que j'entends cette musique.

FAN 05/02/2018 18:35

un artiste âgé seulement de 83ans et donc, toujours passionné!! Tu as du te régaler avec le "Requiem" de Mozart!!! Bisous Fan

mansfield 05/02/2018 15:37

Comme si la musique était une sorte de passage entre hier et aujourd'hui, la vie et la mort, l'ombre et la lumière!

JC 05/02/2018 08:59

C'est l'art de celui qui ne sait pas qu'il compte, de ceux qui n'ont aucune barrière, de ceux qui ont accès à l'infini. Quel bel hommage tu rends à cet homme qui ne mourra jamais grâce à la musique. Belle semaine à toi Carole. Amitiés. Joëlle

Catheau 04/02/2018 16:10

Beaucoup de succès aussi pour la Folle Journée "décentralisée" à Saumur et à Fontevraud. Pas de limites à la musique dans le Grand Ouest ! Merci pour vos mots, toujours si justes !

Nounedeb 04/02/2018 10:44

Bel hommage à cet "art du temps" qui coule et ne s'épuise jamais, et à cette Folle Journée que j'écoute à l'instant sur France Musique.

Loïc Roussain 04/02/2018 10:12

La "folle journée" de Nantes ... Un rendez-vous fabuleux, durant en fait 5 jours, où l'on vit dans un autre monde.

almanito 04/02/2018 09:17

Très émouvant ta façon de parler de ton amour pour la musique, chaque année je pense à toi à l'occasion de cette folle journée. Très émouvant aussi ce vieux Monsieur si jeune.

eMmA MessanA 04/02/2018 07:45

Bel hommage à l'éternité de l'éphémère...

Martine 04/02/2018 05:53

Bonjour Carole,

La musique élève l'âme. Certaines me bouleversent profondément.

Le temps, de temps en temps, de suspendre ce Temps qui ne nous attend pas...