Les pauvres mécènes

Publié le par Carole

Nantes - Chapelle de l'Oratoire - décor d'exposition

Nantes - Chapelle de l'Oratoire - décor d'exposition

 
Oh, he jumped up high
 
 
Dans un journal espagnol (pourquoi donc espagnol ?), j'ai lu hier un très beau texte, l'hommage d'Olivier Bourdeaut à son frère Xavier, "le mécène le plus pauvre de France", celui qui l'a hébergé quand il n'avait plus où aller, celui qui l'a guidé quand il ne savait plus vers quoi aller.
Il y raconte comment son frère partait le matin travailler jusqu'au soir, dans sa salopette de plombier, l'invitant, lui l'écrivain qui n'était encore qu'un "raté", à mener lui aussi à sa table sa dure journée de plombier, remuant et filtrant les eaux troubles de l'imagination, serrant et desserrant les rires et les sanglots de l'écriture, jusqu'à mettre le dernier tour de clé à son roman enfin serti - ce n'était pas encore le délicat En attendant Bojangles, mais c'en était au moins la promesse.
 
Ce sont là les vrais mécènes, en effet, tous ces pauvres mécènes anonymes, qui par la patience et l'amour font éclore tous les noms qu'on célèbre.
Les servantes impayées des maîtres et leurs mères effacées, les frères nourriciers et les compagnes sacrifiées, anges de la page blanche et de la toile vierge, veillant indéfectiblement sur ceux qui ne savent pas encore ce qu'ils sont, pour que naissent enfin d'eux ces romans et ces tableaux, ces chansons, ces poèmes, qui doivent exister et qu'ils ont entrevus, dans leur rêve naïf, les premiers.
Ce sont les vrais mécènes. 
Si humbles qu'ils ne sauraient sans doute eux-mêmes devenir des artistes, ils ont pourtant en eux l'obstination des Bojangles, l'espérance des anges, cette confiance que rien ne lasse et que rien ne détourne, qui fait les créateurs.
Je crois qu'ils sont des créateurs.
Et, finalement, d'une certaine façon, si... : ils sont eux aussi des artistes.
 
 
 
 

Publié dans Fables, Lire et écrire

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Dominique Bouvet 29/08/2017 14:25

Intéressant ce billet. Et très juste. On pourrait se poser la question par rapport à toutes ces femmes dans "l'ombre" de grands hommes. Sans Elles que seraient devenus ces hommes là?

mansfield 29/08/2017 01:16

Tout écrivain a un ange virtuel ou réel qui veille sur lui, heureusement!

Aloysia 28/08/2017 11:29

Il fallait le dire ; et tu le fais toujours si bien,Carole.

FAN 28/08/2017 11:25

Merci Carole, j'ai fais mes recherches et j'ai bien envie de livre ce bouquin !!! Bisous Fan

La Baladine 28/08/2017 11:18

La générosité produit de grandes choses, qu'on donne de son bien ou de son temps. Et c'est toujours le fruit d'une âme belle, noble, attentive. Sans doute cela tient-il de l'art, tu dois avoir raison.

Catheau 27/08/2017 11:49

Une belle définition du mécénat. Il fallait y penser !

almanito 27/08/2017 11:33

Belle complicité entre les deux frère, en fait il y a simplement de l'amour et de la confiance entre eux, le roman achevé en est la lumineuse preuve.

Quichottine 27/08/2017 09:46

Merci pour cette découverte et surtout pour tes mots.
Qui pense ainsi à ceux, anonymes, sans qui aucune étoile ne pourrait voir le jour ?
Je lirai ce livre.
Passe une douce journée.

eMmA MessanA 27/08/2017 07:50

Quelle belle histoire de gratitude ! Merci pour cette découverte de l'histoire autour de l'histoire. C'est tellement important pour un artiste d'être ainsi entouré et encouragé.
J'ai beaucoup aimé ce livre.
Bon dimanche

jill bill 27/08/2017 02:36

Chose qu'on oublie, ou qu'on ne sait parfois... les petits mécènes de famille, sans qui un beau jour la gloire... merci Carole, j'adore Nina !