Surveillance

Publié le par Carole

Surveillance
Au château d'Anet, j'avais aussi photographié cette étrange inscription, enroulée comme une paupière autour de l'"oeil" de la chapelle-cénotaphe de la déesse du lieu :
 
SURVEILLANCE.
 
Elle me serait restée incompréhensible, si je n'avais pas lu, dans une note du livre d'Ivan Cloulas sur Diane de Poitiers, qu'en 1793 le château mis sous séquestre avait été constellé, ainsi qu'un grand ciel de théâtre nouvellement repeint, d'inscriptions à l'or fin qui criaient aux passants : GUERRE AUX TYRANS, SURVEILLANCE PUBLIQUE !
 
Un peu plus tôt, à Ivry, sur le chevet de l'église, d'autres inscriptions révolutionnaires inattendues avaient déjà attiré mon attention :
 
 
J'ai toujours cru - et ce n'est pas Joël Pommerat qui me contredira - que notre monde moderne tenait tout entier dans le grand théâtre de la révolution française.
Tout entier. Avec sa passion de la raison et sa manie de surveillance. Avec sa violence hideuse et sa générosité inouïe. Avec ses tribunes philanthropiques et ses tribunaux sans innocents. Avec sa certitude que les mots sont des armes et que les armes ne sont que des mots comme les autres. 
Libertaire et totalitaire. Egalitariste et fraternel. Insolent et inquisiteur. Tout entier là, lové comme un serpent magnifique et terrible dans ces quelques années de la fin du XVIIIème siècle, si brèves et si intenses, qui nous regardent encore de leur oeil grand ouvert, pour le meilleur du pire, et le pire du meilleur - des mondes.
 
 

Publié dans Fables

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zadddie-lllelie 27/07/2017 15:50

une certaine résonance ces jours ci..:surveillance et contrôle!

Jean-Pierre Tondini 18/07/2017 09:12

Tout et son contraire font notre monde et ce que nous sommes. Les contradictions, les paradoxes s'opposent l'obscurantisme.

La Baladine 14/07/2017 00:34

"la fin sublime excuse les moyens horribles". On ne conseille jamais assez de lire "L'opium des intellectuels" de Raymond Aron pour se souvenir à quel point les mots totalitaire, égalité, inquisition, sont les irréconciliables contraires de libertaire, fraternel, insolent... Jamais assez.

mansfield 10/07/2017 21:40

Merci à toi pour ces incursions dans l'histoire à travers les traces qu'elle laisse sur nos monuments donc sur nos vies!

Nounedeb 10/07/2017 12:44

Ce grand œil convié à la surveillance, active ou passive, me fait penser au logo des "voisins vigilants"...

Carole 10/07/2017 14:44

Oui ! Tu vois, ça remonte loin...

FAN 10/07/2017 10:47

l'être humain, l'homo sapiens sapiens a toujours aimé la contradiction!!! la sagesse et la folie sont souvent de mise et je ne crois pas que cela va s'arranger!!!sniff! Bisous Fan

Gérard 09/07/2017 21:32

rien ne change, mais se modernise nous sommes tous surveillance

Quichottine 09/07/2017 21:11

C'était un immense bouleversement.
Je suis tout à fait d'accord avec toi.
Merci pour la découverte et ton récit qui, comme toujours, questionne.
Passe une douce soirée.

Aloysia 09/07/2017 16:47

Ça c'est bien vrai, car comme le disait avec raison Nietzsche tout n'est jamais qu'éternel recommencement...
(Mais tout de même, merci pour la découverte et pour ce beau texte encore !)

Catheau 09/07/2017 16:32

Un Big Brother révolutionnaire ? Rien de nouveau,hélas !

almanito 09/07/2017 09:11

C'est un peu l'oeil de Caïn en somme..

Loïc Roussain 09/07/2017 08:37

Les effets de la Révolution française se font, hélas, de plus en plus discrets ...

Carole 09/07/2017 11:50

Je ne crois pas. Mais ce ne sont pas toujours les mêmes effets, d'une génération à l'autre. Car il y a "tout" et "de tout" dans ces années de "révolution" qui ont fait basculer notre monde du passé à la modernité.

jill bill 09/07/2017 02:55

Le mot surveillance écrit sur cet oeil-de-boeuf se voit comme une évidence... de même que les révolutions dès que le peuple en a marre de souffrir quand en haut lieu on vit grassement sans réel souci du petit, merci Carole