L'insolite

Publié le par Carole

L'insolite
Il suffit si souvent de lever les yeux...
Rue Gambetta j'ai levé les yeux, et je l'ai tout de suite reconnu : l'insolite.
Celui qui fait sortir l'ordinaire de ses gonds pour nous ouvrir les portes.
Celui-là même qui clôt Nadja sur le visage ensablé d'une aviatrice au nom d'Aurore.
 
Une femme est sortie par la porte cochère. Me voyant arrêtée, elle m'a dit bonjour. 
Il suffit si souvent de dire bonjour...
Rue Gambetta je lui ai rendu son bonjour, et j'ai demandé pourquoi on avait suspendu cette bizarre enseigne au-dessus de sa porte.
-Il y avait un petit musée ici, avant... un musée de la machine à coudre. C'était un vieil original qui avait eu cette idée. Une idée insolite, n'est-ce pas ? Il avait installé chez lui ce musée... Des machines à coudre, il en avait, il en avait des quantités, des vieux modèles, tout décorés. Quelque chose d'incroyable... Nous avons acheté son appartement. Malheureusement, les machines n'y sont plus. Le musée est fermé.
-C'est dommage, ai-je répondu en regardant la fleur brodée qui grandissait dans son fil de canette au flanc de la machine suspendue dans le ciel. Cette belle fleur ne demandait qu'à s'épanouir. Mais l'aurore ? Pourquoi l'aurore ?
-Aurore, c'était tout simplement une marque de machine à coudre.
Il suffit si souvent d'appeler les choses par leur nom, tout simplement...
 
J'ai remercié la femme qui m'avait informée, et je suis repartie, pensant à ce vieil original qui nous l'avait si joliment enseigné,
que l'insolite, tout simplement,
c'est ce fil délicat et pourtant si solide
qui coud au ciel, là-haut, les pauvres vies d'en bas
quand elles sont taillées dans l'étoffe des songes.
 

Publié dans Fables, Nantes

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S
Oh, merci pour cette information ! J'ai découvert cette enseigne lundi dernier, et je viens de faire une recherche et de tomber ici, je n'ai vu personne pour ma part ce jour là, c'est bien que vous ayez fait cette rencontre ! merci !
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M
Bonjour Carole,

Oui, il suffit de lever les yeux, de regarder autour de soi, de sourire et la magie opère. La vie a un goût de découverte,
Quelle jolie histoire.
Et quelle conclusion pleine de poésie
;)
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J
Machines à coudre, machines à écrire... Assembler des étoffes, assembler des mots, finalement c'est toujours unir... Insolite...
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G
tu as toujours le dernier "bon "mot
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J
Quel plaisir Carole, de lire tes textes et surtout leurs conclusions ! Ce fil relierait-il aussi nos vies les unes aux autres ? Merci à ce vieux monsieur pour sa passion étonnante. Bonne journée à toi. Bises. Joëlle
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N
Et nous par toi sommes poétiquement renseignés.
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Z
Quant à moi, j'aime bien cet impromptu glanage...
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D
C'est magnifique la définition que tu donnes de l'insolite.
En fait, tout au long de tes billets, tu es une dénicheuse d'insolite.
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Q
Quelle belle page !
Ta conclusion est magnifique !
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M
De belles métaphores pour jouer avec l' imaginaire!
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A
Ce sont en effet des outils qui étaient placés dans les entrelacs sur l'un des côtés de la machine si mes souvenirs sont bons..
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A
Un poème comme tu en as le secret, Carole... Et il est vrai que cette enseigne est si belle et si touchante, que c'est un bonheur de la découvrir.
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R
Superbe image : "... qui coud au ciel d'en-haut les pauvres vies d'en-bas quand elles sont taillées dans l'étoffe des songes".

Bêtement prosaïque après cela, ma question : que voit-on entre la machine elle-même et son nom ?
Un instrument qui se déploie ? Des couteaux ?
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C
Je pense que ce sont des pièces de machine à coudre. Hélas, j'ai oublié de poser la question. Si je repasse par là et que la dame est encore sur le seuil...
J
Ah ton enseigne me donner à revoir ma mère et sa Singer à pédale, qu'elle n'a jamais voulu échanger contre une moderne... La marque Aurore je découvre, merci Carole ;-)
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