Pierres tassées

Publié le par Carole

Pierres tassées
C'était un de ces tas de pierres qui tiennent lieu de murets, dans nos banlieues rapidement poussées. Juste un de ces gabions de pierres irrégulières, aiguisées à la pioche ou à la dynamite, avant d'être jetées en vrac et brutalement encagées.
 
Il aurait très bien pu s'écrouler, écraser les passants en renversant sur le trottoir sa cargaison mutinée.
Ou rester obstiné tourmenté et sétrile à peser sur ses grilles, tas de cailloux aigu remâchant ses blessures.
Qui s'en serait préoccupé ?
 
Mais ces pierres-là se sont tassées les unes sur les autres, les unes sous les autres, les unes avec les autres. Puisqu'on les avait jetées là ensemble, ensemble elles ont cherché leur place.
Et peu à peu l'informe a commencé à prendre forme. La mousse a maçonné les angles, les oiseaux, les insectes et les feuilles ont façonné le terreau, et on a vu pousser contre les grilles les premières récoltes de lierres et de fleurs.
 
Ce n'est toujours pas un mur stable, me direz-vous, ça ne tiendra jamais qu'encadré et contraint. Mais c'est peut-être le début d'une autre histoire. D'une de ces vieilles histoires de socles et de fondations.
Une histoire très humaine, comme savent en écrire quelquefois les cailloux, sur les chemins des hommes.

Publié dans Fables

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Quichottine 21/02/2017 12:28

Une histoire qui me plaît beaucoup... espérons qu'elle soit belle, comme le sont parfois celles que nous racontons.
Merci, Carole.
Passe une douce journée.

MireilleD 21/02/2017 01:50

J'aime beaucoup ta photo c'est très joli !

mansfield 19/02/2017 21:05

J'aime beaucoup ces "architectures" modernes qui semblent fragiles et bâties toutes seules. On dirait que puisque nous voulons tout contrôler, les choses décident de comment elles vont s'assembler afin de laisser à la nature sa liberté!

Thérèse 17/02/2017 20:25

Quelle merveilleuse illustration!
Ah ces supports qui nous font tant défauts!

Dalva 17/02/2017 10:53

J'aime beaucoup ton regard et la façon dont tu nous le fait partager.

Pastelle 17/02/2017 10:37

Accepter son sort et faire avec ce qu'on a, c'est le secret sûrement. La nature toujours vaincra, et les vieux murs se débrouillent très bien...

almanito 17/02/2017 10:12

Vu avec ton regard, on ne peut que lui trouver une beauté et une poésie en se disant que oui, la nature fait bien les choses, mais tout de même, je regrette les beaux murs de pierres sèches si savamment montés par les mains rugueuses de nos anciens...

Aloysia 17/02/2017 08:51

Si tu veux, mais ce ne sont pas des "pierres jetées comme ça à la va-vite", ni des murets de fortune pour banlieue ; c'est un nouveau style de déco qui est très à la mode depuis quelque temps et très répandu dans ma petite ville de province. Pierres taillées et rassemblées grâce à des grilles pour former un muret... Il est vrai que la première fois j'étais surprise, mais bientôt j'en ai vu l'intérêt. Quand tu veux l'enlever, pas de démolition, pas de gravats... et les pierres toujours aussi belles.

Carole 17/02/2017 12:55

Oui, moi aussi au début je trouvais cela déplorable. Et finalement, avec le temps, ça peut prendre "forme" et une certaine beauté.

Aloysia 17/02/2017 08:55

Pardon... Je relis et c'est un poème que tu as écrit... Je suis bien négative n'est-ce pas ? Toi-même dis que cela peut finir par être joli, et tu le dis surtout dans une forme qui est beauté.

Arielle 17/02/2017 08:46

La métaphore est criante de vérité et pleine d'un bel optimisme. Avec de la patience et un minimum de bonne volonté on peut espérer voir fleurir, un jour, les murs de nos banlieues. Merci pour cette belle vision à laquelle on a envie de croire !

Richard LEJEUNE 17/02/2017 07:22

Ah ces gabions qui encagent nos propriétés ! Jamais je n'aurais imaginé qu'ils pussent aussi devenir poésie. Mais il est vrai qu'avec vous, Carole, avec ce regard autre que celui de tout autre, du moindre détail de notre quotidienneté sourd une finalité parallèle ...

jill bill 17/02/2017 02:52

Ce genre de clôture est à la mode... fer, rocaille, le temps la moussera et le lierre jamais loin le squattera, ;-)