Denis

Publié le par Carole

statue de Denis Papin à Blois

statue de Denis Papin à Blois

    A l'école on nous racontait son génie, ses malheurs. Son digesteur et sa machine à emporter au loin la force des rivières. Son obstination d'inventeur, la sottise du public.
    La cruauté des mariniers détruisant ses machines me bouleversait, j'aurais voulu l'empêcher de disparaître, seul et pauvre, dans ces faubourgs de Londres où la Mort - ayant sans doute repéré depuis longtemps le défaut de la soupape - finissait par l'abattre d'une dernière croix blanche sur sa porte de Huguenot. Mais même en rêve je ne pouvais adoucir sa misère, car il était allé si loin, et y était allé si seul, qu'il lui fallait mourir pour que les hommes enfin le suivent.
    Oui, telle était l'histoire qu'on nous racontait à l'école, et à l'histoire il n'y avait pas un mot à changer, bien entendu.
   Pour confirmer la fable, sa lourde statue de bronze régnait au milieu du plus haut escalier de la ville. Sombre, douloureuse, ravinée, dépeignée, mais inflexible, incapable de s'essouffler comme nous qui avancions péniblement, de marche en marche, hors d'haleine, fouettés de pluie ou brûlés de soleil, et rêvant lâchement d'avenues planes et bien abritées.
 
    Peut-être est-ce à cause de lui, si sévère sur son socle, que je me suis toujours méfiée de ces grands hommes qu'on voit se promener, admirés et bavards, sur tous les boulevards de la célébrité et de la douce vanité, fuyant les rudes degrés solitaires qui les auraient menés plus haut. Que je les ai toujours trouvés bien petits, vus du grand escalier de Denis.
Denis

Publié dans Blois

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D
Vous avez raison à propos de ces grands hommes célèbres. Ils sont bien souvent des personnes qui mettent leur aptitude à s'exprimer au service de la critique et de la démolition des travaux des autres. Mais ceux qui créent, qui invente n'ont pas le temps, de savoir "se vendre". Ce n'est que bien longtemps après leur mort que l'on peut mesurer tout ce qu'ils ont apporté. Si nous supprimions de nos vies toutes les choses dérivées des travaux sur la machine à vapeur, nous serions sans doute bien démunis.
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A
Tu as raison : elle est dans la cour des Arts et Métiers.
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C
Alors, si j'ai ta parole de parisienne, j'en suis tout à fait sûre. Mais rien ne vaudra jamais notre Denis Papin de l'Escalier.
Je t'embrasse, Anick.
A
Tu as raison : elle est dans la cour des Arts et Métiers. Bises
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F
Oui, il a sa statue à Paris!! un grand homme qui finit dans la misère!! C'est souvent ainsi! un savant tenace comme Galilée qui lui aussi, a lutté pour faire admettre certaines de ses découvertes!! Bisous Fan
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M
Il faut dire qu'ainsi mis en scène, il semble veiller sur chacun ou indiquer la route à suivre!
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G
J'aime la deuxième photo, un lieu que je connais, endroit idéal pour voir passer le carnaval annuel.
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L
Ta photo surprenante autant que ton texte sculptent un Papin vivant et, en quelque sorte, maudit. Parce qu'il était savant, différent des autres, huguenot et jalousé. Je t'imagine, fillette, grimpant cet escalier de Blois sans savoir encore que tu en garderais le souvenir et, enfin, la leçon de bon sens envers les "grands hommes" dont je me méfie autant que toi! :)
PS - J'ai été plusieurs fois à Blois autrefois, nous aimions ce coin de France tout résonnant d'histoire. Mais je n'ai jamais vu Papin: sans doute étais-je trop occupée par les intrigues de cour , les mignons, le château...et comme tant d'autres, j'ai ignoré ce grand homme!...
Lorraine
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C
Et l'escalier est si haut ! Peu de touristes s'y aventurent.
D
Vraiment ? Il n'y a pas un mot à changer de l'histoire officielle ?
Mais c'est mieux de garder intacte une légende. Surtout si elle est liée à des souvenirs d'enfance.
Belles photos, très expressives, qui illustrent bien ce texte, très bien écrit, comme d'habitude.
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A
Encore un de ces beaux tableaux dans lesquels tu excelles...! Une découverte pour moi.
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Q
Tes photos sont magiques... j'aime énormément la dernière.
J'ignore ce qu'il dirait aujourd'hui, mais je crains que les enfants d'aujourd'hui n'en entendent jamais parler. :(

Passe une douce journée Carole. Merci pour ce texte qui fait réfléchir.
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A
Et il parait bien se moquer des honneurs et des flatteries, tout concentré qu'il est encore sur ses découvertes du haut de son piédestal. Il semble que cela soit le sort des vrais grands hommes que de toujours aller seuls... C'est drôle, il me semble déjà avoir vu cette statue, mais à Paris.
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A
Après vérification, oui, c'est cela.
C
Oui, je crois qu'elle a un double à Paris. Je me demande si ce n'est pas à l'école des Arts et métiers (?)
M
Il croyait au progrès dans une société qui y était rétive. S'il revenait, serait-il fier d'avoir été l'un des artisans de l'évolution technologique ? Que penserait-il des hommes et du monde d'aujourd'hui ?
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M
Imposant et magnifique bronze de ce grand homme méconnu de son vivant par la sottise d'une foule bornée. Dans ma région c'est un autre Denis dont nous sommes fiers : Denis Diderot
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C
Tu es de Langres, alors ?
A
Ce scientifique paraît immense sur cette photo où il domine la ville.
Qu’aurait-il pensé de se retrouver ainsi face à face avec cette grande voie encombrée de véhicules à moteur qu’il avait peut-être déjà imaginés ?
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J
Waouh la seconde photo... Eh oui chez nous aussi nous avons nos "grandes" statues... merci Carole !
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