Proportions

Publié le par Carole

Proportions
-Nous sommes citoyens du monde ! disait l'un.
-Non, disait l'autre, car chacun est de son village. 
Je n'ai pas pris parti.
Ils avaient tous les deux raison.
 
Pas un village qui ne fasse en un jour le tour de sa planète.
Et pas une planète qui ne rencontre son reflet dans l'oeil doré d'un villageois.
Mais comment faire, pour être de partout en piétinant ici ? Comment marcher en bas et méditer d'en-haut ? Comment rester soi-même, quand la terre est aussi à tant d'autres ? Et comment ne pas craindre les autres, lorsqu'on n'est que soi-même ?
Comment donc les garder, comment les regarder, sous le soleil et par Saturne, les justes proportions qui mettraient en accord tous nos pas ?
 
Il y avait bien un chemin qu'on avait commencé, un chemin escarpé, pour relier au monde chaque petit village, et pour faire de ce monde un unique village. Un chemin difficile, un chemin exigeant, que l'on voulait nommer - cela me revient maintenant  : Humanisme.
Il n'était pas achevé, loin de là, il fallait y travailler toujours, s'y efforcer sans fin, y grimper âprement. Seulement il paraît qu'il fallait s'élever un peu trop, qu'on avait mieux à faire. Si bien qu'on l'a laissé se perdre, le grand chemin d'en haut, dans les vieux marécages des petits arrangements, dans les plaines vaseuses du conformisme lâche. 
Et qu'il s'est enfoncé dans la boue de la peur, sous l'éboulis haineux des vociférations.
 
Mais il doit forcément en rester quelque part une trace, une pierre à l'ébauche, une piste à petits cailloux.
Il est temps de nous mettre en quête.

Publié dans Fables

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suzâme 03/01/2016 19:00

Plus qu'une écriture, un joyau serti de mots profonds, une planète qui serait notre village... Oh que j'aime te lire!

Lorraine 17/12/2015 09:50

Le chemin de l'Humanisme, certains s'y engagent, accueillent des réfugiés, sont solidaires des actions caritatives, partent sous les obus soigner les malades, les mourants; ou plus simplement dans leur village construisent un hébergement pour les démunis ou les migrants et participent à leur façon à créer ce chemin escarpé dont tu parles, chère Carole. Et puis, il y a les autres, tous ceux qui s'enferment dans la l'égoïsme, sans même s'en rendre compte; tous ceux qui veulent gagner plus, gagner encore, écrasant les malheureux sur leur route. Nous vivons une époque d'intense contraste; mais elle existe, cette piste à petits cailloux dont tu parles. où se sont engagés les citoyens de tous bords, qu'on appelle aussi "les hommes de bonne volonté". J'espère qu'ils ne seront pas écrasés par les gratte-ciel de l'indifférence homme les fourmis sous la botte d'un marcheur.
Lorraine

flipperine 16/12/2015 18:57

et il faut marcher de très longues routes

mansfield 15/12/2015 16:45

En Petit Poucet je te suis dans la forêt et souhaite semer des petits cailloux à côté des tiens afin de ne pas perdre le but de mon existence!

dominique 14/12/2015 12:15

Bonjour,
Je vais finir par vous surnommer " Carole's brainstorm". Vos textes donnent à penser, c'est très agréable. J'aime cette idée que tout est un dans un entier. Quand on a accepté cette idée là, on est bien obligé d'admettre les autres, leurs différences, sans se sentir en danger.

zadddie-lllelie 14/12/2015 00:17

12:17, ouf!...

zadddie-lllelie 14/12/2015 00:18

je voulais dire 00:17...
Ton texte est très beau

hamza 13/12/2015 19:10

Très beau texte. Mais très philosophique aussi car il montre la voie de la sagesse. Je me contente donc de lire et de remercier carole du haut de mon lointain village qui a besoin de paix; d'amitié; de fraternité avec tous les Peuples du Monde.

Carole 14/12/2015 21:43

Merci Hamza. Je pense souvent à vous qui me lisez, si loin d'ici.

almanito 13/12/2015 12:15

Je me suis souvent demandé en découvrant dans le maquis les sentiers étroits et tarabiscotés tracés par les bergers d'autrefois, pourquoi ces derniers avaient choisi les voies les plus ardues et souvent les plus longues.
C'est que souvent celles-ci menaient au ruisseau et plus loin encore à sa source. Mais de nos jours il est tellement plus facile de suivre le chemin plus large, exempt de pierres douloureuses, recouvert de sable doux à la marche qu'on a ouvert à travers la montagne pour les promeneurs sans but, nous privant ainsi du ruisseau si clair...

Carole 14/12/2015 21:43

Certes, mais tu pourrais vraiment en faire un beau récit.

almanito 13/12/2015 14:00

Je pensais qu'il rejoignait ton texte...

Carole 13/12/2015 12:42

Voilà un beau sujet, Marie-Jo !

jamadrou 13/12/2015 11:54

- Il est temps de nous mettre en quête de ce chemin couvert de petits cailloux blancs de grande valeur. - - - Valeur marchande?
- Ne fais pas le demeuré! Cherche les cailloux qui ont une valeur universelle. Quand, avec les autres nous les aurons tous trouvés nous saurons que nous sommes sur le bon chemin.

Aloysia 13/12/2015 11:37

Oui, il était si beau, notre "humanisme"... Mais le chemin qui va de l'homme à l'homme est automatiquement brouillé quand l'homme ne se connaît pas, et ignore comme c'est le cas la plupart du temps QUI s'exprime en vérité à travers lui. De cela aussi l'humanisme s'était fait l'écho, si l'on remonte à Socrate et aux mystères d'Eleusis, rappelant à chacun que la priorité était : "Connais-toi toi-même". Ainsi ne faut-il pas prioriser la quête verticale avant d'aborder tout chemin horizontal ?
Cependant, celle-ci étant si exigeante et ardue, je rejoins la remarque de Quichottine : pour se connaître vraiment, la voie la plus directe n'est-elle pas d'observer ce qui est identique à tous les hommes et femmes sans exception ? Mais alors nous ne dirons plus "humanisme", mais : fraternité.

Quichottine 13/12/2015 10:54

Il est temps, tu as raison, plus que temps de se mettre en quête de tout ce qui nous rassemble par delà nos individualismes.
Merci pour tes mots, Carole.
Passe une douce journée.

jill bill 13/12/2015 09:31

On est tous né quelque part, à nous de vivre en prenant soin de son coin de pays n'est-ce pas...

Nounedeb 13/12/2015 07:39

Comme je voudrais que tous puissent te lire. Chacun serait goutte d'eau. Elles deviendraient si nombreuses qu'elles recouvriraient la Terre.
Merci Carole pour ce lumignon d'espoir.