L'oeil du hérisson

Publié le par Carole

L'oeil du hérisson
Il fourrageait dans le jardin, chasseur audacieux du soir, terreur des escargots et des limaces, fatalité des cloportes et des hannetons.
J'ai ouvert doucement la porte. Je me suis approchée. Penchée sur lui j'étais l'humain et l'inconnu, j'étais la mort peut-être.
Il n'a pas eu le temps de se mettre en boule, il s'est juste effondré sur ses pattes comme un tas de brindilles. 
J'ai aperçu son oeil. Luisant, ouvert et fasciné, certain que je le guettais. Mais immobile et figé, tout à fait incapable de me regarder, moi qui étais pour lui le Danger.
 
L'oeil même de la Peur, ai-je pensé.
 
Prenant pitié de tant d'angoisse, honteuse un peu aussi d'avoir sottement joué à être le destin, je me suis fraternellement éloignée. Lui, se hissant sur ses pattes enfin délivrées, il a repris son chemin oublieux, humble Oedipe du jardin, vers cette nuit des hérissons qui ressemble tant à la nôtre.
 
L'oeil du hérisson

Publié dans Fables

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N
Ah quelle frayeur, pauvre hérisson !!
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Q
Un petit hérisson fut le héros de mon tout premier écrit...
Nous sommes le danger, c'est vrai... et pourtant, il est si utile !
Merci pour ce beau moment de lecture, Carole.
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L
Ton Oedipe du jardin sait maintenant que tous les hommes ne sont pas des saccageurs et que leur regard peut être, non pas pétrifié ni barbare, mais tendre.
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J
Malheureusement, ils ont appris à se méfier de nous. Nous sommes si peu accueillants envers eux ! Belle journée Carole. Amitiés. Joëlle
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N
Bonjour carole,

Je ne connais pas du tout les hérissons, je pense que ce petit animal est sans défense?

Bonne journée et à bientôt.
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F
comme il est beau et le hérisson un animal protégé
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F
Dans les années 60, lorsque je vivais à Vallauris, j'en ai trouvé un dans le garage, je l'ai pris dans mes mains, et mon étonnement lorsque j'ai constaté qu'il était tout doux et mignon, je l'ai mis dans le jardin, il s'était perdu sans doute!!! BISOUS FAN
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M
Les hérissons sont des hôtes silencieux et modestes des jardins, précieux aussi. Il paraît qu'avec un peu de patience et quelques gâteries, ils s'apprivoisent assez aisément, ainsi sa peur disparaîtra. Souviens-toi du Renard et du Petit Prince : "Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près... " Evidemment, il faudra se coucher tard ;-)
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G
j'aime bien ce gentil animal mais pas assez pour le caresser
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C
Il ne faut jamais les toucher, ce n'est bon ni pour nous ni pour eux, mais je suis sûre qu'en fait leurs "piquants" sont très doux.
A
Elle est encore plus belle, ta fin, et plus poétique.
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F
Oui, un moment, en lisant ton texte, j'ai frémi!! avais-tu envie de le faire rôtir? Non, je me suis dit que tu ne vivais pas en caravane, et puis un hérisson c'est si charmant, adorable même et il aime beaucoup nettoyer le jardin des insectes qui nous déplaisent souvent!! BISOUS FAN
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C
Non, je voulais me placer à son point de vue : l'humain est le danger suprême.
H
C'est touchant, humain et superbe. L'hérisson un animal qui ne fait aucun acte malveillant ou désobligeant Ce serait une bonne chose s'il est apprivoisé. Très beau texte Bravo Carole.
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C
Merci Hamza. Il y a longtemps que j'essaie de l'apprivoiser, mais je reste pour lui "le Danger"... rien à faire.
N
La photographe a saisi à point le regard. De peur? d'inquiétude? En tout cas, c'est en toute quiétude qu'il t'a tourné le dos et permis de photographier son derrière.
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A
C'est le sort de tout ce qui vit: la peur.
Mais comment cela: "j'ai eu pitié" ? Tu comptais le faire rôtir avec des petits oignons nouveaux?
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C
Non, j'avais bien compris, mais j'ai quand même revu le texte. Un approfondissement nécessaire.
A
Mais non, j'avais envie de te taquiner. A aucun moment je n'ai pensé que tu prévoyais un repas atypique et je sais que tu as une longue histoire avec le hérisson de ton jardin, je me souviens que tu as déjà fait un billet sur lui
C
Pitié de sa peur. Je vais revoir ça si ce n'est pas clair
A
Superbe, ce moment figé de l'attente, de la Peur ! Bravo Carole... Un hérisson très proche de nous en effet.
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J
Sourire... eh oui l'homme pour les animaux sauvages reste un autre prédateur... s'il s'aventure dans son jardin comment sera t'il reçu si débusqué... ici très bien ! Merci Carole... ,-)
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