Hanami 2015

Publié le par Carole

Hanami 2015
花見 Hanami :
fleur/regarder (traduction littérale)
fête des cerisiers en fleurs
 
 
soleil du soir et fleurs tombées
sur son ombre penché
 le canard disparaît
 
    J'ai écrit ce "haiku" sous un cerisier du Japon que le soir déflorait.
    Je le sais, pourtant, qu'on ne peut pas écrire de haikus en français.
    Il y faut cette langue de très peu de syllabes et de tant d'homonymes où les échos résonnent et où les mots se jouent.
    Cette langue d'idéogrammes où les sens se dessinent en "clés" entremêlées comme vagues sur l'eau.
    Cette langue synthétique où tout s'emboîte et s'empile, où l'on pourrait ranger des mondes en presque rien de mots.
    Cette langue si sage où il suffit de dire "hanami" pour évoquer, d'un souffle unique, tout à la fois les fleurs fragiles et le regard humain plus fragile que les fleurs. Avant de s'en réjouir en buvant du saké.
 
un cerisier pêcheur
et son filet de fleurs
il passe comme une ombre le canard de l'étang

Publié dans Japonisme

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C
L'Occident ne sait pas dire l'impermanence ; il peut y tendre avec modestie comme vous le faites.
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S
Il lance son filet, comme pour attraper ........les rêves de l'eau !

J'aime beaucoup la fluidité de ton univers, et les beautés d'instants avec lesquels tu sembles fondre ...

Châle-heureuse-aimant : sabine.

(Je viens de te découvrir par Quichottine)
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C
Merci Sabine pour ce commentaire châle-heureux qui me va droit au coeur !
M
Magnifiques impressions, soleil couchant!
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F
quel joli canard
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G
Ta photo est très poétique sans aucun doute
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Z
As tu eu l'occasion d'y aller en cette période?
Magnifique parait il..et je veux bien le croire...
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C
J'ai pris la photo à Nantes où nous avons aussi des cerisiers "du Japon".
C
Non. Il faudrait avoir des vacances. Mais c'est quelque chose à prévoir, un jour.
A
Ça n'est pas grave ; on ne parle pas japonais et on trouve très bien les adaptations que tu fais... Quand on parlera japonais on verra si c'est mieux en japonais !... Mais cela pour cela il faudrait aussi ETRE japonais ; alors on n'en finira pas !!
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C
Oui. Mieux vaut donc approfondir ce que l'on est et ce que l'on connaît. Quand au reste, il s'agit d'apprendre, et c'est différent. Je crois que nous avons plus à gagner à prendre conscience des différences culturelles qu'à tout ramener à notre propre univers.
N
Si écrire de vrais haïkus n'est possible qu'en japonais, s'y exercer nous oblige à aller vers une épure qui vise à l'essentiel, et qui, comme l'a fait une miette de madeleine, peut évoquer tout un monde de sensations, d'émotions, de souvenirs. J'aime particulièrement ton deuxième.
Belle journée à toi.
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C
Oui. A condition de bien comprendre qu'il ne s'agit pas de "haikus", mais de poèmes brefs. On peut travailler sur la concentration des mots et des effets dans toutes les langues, avec les moyens propres à ces langues. Ajoutons qu'un haiku s'écrit verticalement, et peut se lire dans tous les sens, alors que le français est "horizontal" et linéaire, et j'aurai fini mon petit exposé.
J
C'est très beau. La poésie n'a qu'une règle, celle du poète... Jonas
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R
Je ne me suis pas encore intéressé aux haikus.
Qu'est-ce exactement ?

Je sais que Michel Onfray vient d'en publier un recueil, "Avant le silence", ne l'ai pas encore lu, mais ai pris connaissance de ce qu'il en dit : "Le haïku, c’est le dernier verbe juste avant le mutisme. Il constitue un exercice de connaissance extraordinaire car il apprend à voir ce qui advient de façon minimale, microscopique. Écrire des haïkus contraint à ne plus voir le monde de la même manière et à le saisir comme un prétexte à connaître les frissons du réel. Cette connaissance par les pointes, et non par les gouffres, génère une sagesse primitive. Le haïku dit ce qui a eu lieu sans les hommes, ce qui aura lieu sans eux, ce qui n’a pas besoin d’eux pour avoir lieu. Il dit pour n’avoir plus à dire, il manifeste pour laisser une trace qui s’estompe et disparaît – comme le réel. En matière de poésie, les mallarméens commencent par la fin et font disparaître le réel au profit du verbe ; à l’inverse, les auteurs de haïkus commencent par le début, ils saisissent le réel dans l’une de ses manifestations et utilisent le verbe au profit des images qui génèrent la sensation enfuie. Ils présentifient la disparition, ils actualisent la fugacité, ils fixent le mouvement, ils nomment l’éphémère, ils montrent l’à peine visible. Le haïku est l’ultime parole avant le silence. "

Qu'en pensez-vous, Carole, vous qui vous intéressez très fort à la culture japonaise ?
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C
J'en pense... exactement ce que j'ai écrit dans l'article. Pour moi cet art est étroitement lié à la langue japonaise, et ne peut pas être "exporté". Cette "vision du monde" dont parle Onfray passe par une expression spécifique, incluant notamment l'agglutination (en grammaire) et le signe (calligraphique). Nous n'avons pas accès à ces deux "dimensions" en français, donc l'essentiel de ce qui fait le haiku nous échappe. Onfray devrait relire "L'Empire des signes" de Barthes, qui dit des choses bien plus justes. L'Eloge de l'ombre de Tanizaki pourrait aussi le ramener à une certaine modestie.
Par ailleurs, même après trois ans d'étude du japonais, j'hésite encore à parler longtemps de cet univers japonais traditionnel véritablement "autre" et extrêmement complexe à saisir pour un Occidental.
Q
Je trouve pourtant que tu y réussis bien. :)
j'imagine ce que doivent être ceux de là-bas... tant de choses en si peu de mots.
Merci !
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A
Le printemps fait penser au Japon, le Japon fait penser aux haïkus,donc le printemps fait penser aux haïkus...CQFD
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C
Merci d'être passée, Anne-Marie. Je suis toujours heureuse de te "rencontrer".
J
Bonjour Carole, nous l'écrivons à l'occidentale... ,-) le 5-7-5 et un kigo mot de saison à notre sauce et j'aime les tiens que je qualifierais de tercet... qu'importe, photo et mots j'aime ! ,-)
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